La myopie, un fléau dont la prévalence ne cesse d’augmenter 👓

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L’épidémie de myopie qui se repend sur le monde ne date pas d’aujourd’hui. En effet, on doit la première description de la myopie à Aristote faite IVe siècle avant J.-C.

Néanmoins, les études mondiales réalisées ces trente dernières années convergent toutes en une même conclusion : La prévalence augmente de façon exponentielle et on estime qu’en 2025, 50% de la population mondiale sera touchée, soit près de 5 milliards de personnes. Mais qu’en est-il des causes de cette augmentation ? quels sont les facteurs de risques de la myopie et comment retarder l’apparition de celle-ci ? Analysons l’ensemble des études mettant en évidence les éléments qui entrent en compte dans le développement de cette épidémie mondiale.  

La myopie, qui correspond à un œil trop long, est l’erreur de réfraction la plus courante et l’une des principales causes de déficience visuelle réversible et de cécité dans le monde. Cette épidémie est devenue une préoccupation internationale depuis le début du 21ème siècle puisque sa prévalence ne cesse d’augmenter, en particulier en Asie du Sud-Est où 70 à 90 % des jeunes de 18 ans sont myopes (variations suivant les études), avec 10 à 20 % d’entre eux considérés comme myopes forts (3,4,5). En Europe, sa prévalence peut atteindre les 40% (7).

Avoir une myopie forte ne signifie pas seulement porter des lunettes pour la vision de loin. En effet, celle-ci augmente également de façon considérable le risque de survenue d’autres pathologies oculaires graves comme le décollement de la rétine, le glaucome et la cataracte (6). Il est donc essentiel d’étudier le processus de la maladie, les conditions épidémiologiques, l’étiologie et les facteurs de risque afin de limiter sa survenue et freiner l’épidémie.

 

Une progression de la myopie partout dans le monde

L’erreur de réfraction myopique correspondant à un décalage entre la longueur de l’œil et son pouvoir réfractif apparait le plus généralement dans l’enfance. Bien qu’elle se retrouve partout à travers le monde, la prévalence de la myopie diffère d’une région à l’autre. Au niveau mondial, elle touche aujourd’hui près de 2,6 milliards de personnes et près de 27 millions en France. Une revue d’études réalisées en 2020 a analysé 28 articles datant de janvier 2013 à Mars 2019 afin d’identifier la prévalence mondiale (8).

Elle a démontré que c’est en Asie de l’Est que les enfants âgés de 6 à 19 ans sont les plus touchés avec une prévalence atteignant 73%. Chez les jeunes adultes, elle peut même dépasser les 80 % dans les pays urbanisés d’Asie du Sud-Est (8 ;9).

En Europe ainsi qu’en Amérique du Nord, elle tourne autour des 40%. Les prévalences les plus basses sont retrouvées en Amérique du Sud avec 10% de la population touché puis en Afrique avec seulement 3,5% de la population atteinte. Cependant, il est primordial de prendre en considération que la prévalence de la myopie varie selon les générations. En effet, pour une même région, il existe des différences significatives avec en général, une prévalence de la myopie plus élevée chez les jeunes adultes que chez les personnes plus âgées (9).

 

Les facteurs de risques

Au vu des disparités importantes entre les différentes populations du globe, nous pouvons penser qu’il existe un risque plus élevé de myopie chez certaines ethnicités. Cependant, il convient d’analyser différents facteurs rentrant en compte dans la variation de la prévalence en fonction des populations.

 

Génétique

L’étroite relation entre génétique et développement de la myopie n’est plus à démontrer puisque les résultats d’études s’accordent à dire que le risque de myopie augmente suivant si un ou deux des parents sont touchés (5). En outre, une étude a montré que la probabilité de développer une myopie est d’environ 25 % si l’un des parents est myope, et elle augmente à 50 % lorsque les deux parents le sont (5).

Plus récemment encore, des études épigénétiques ont démontré le rôle des gènes dans le développement de la myopie (10). Il y a donc des personnes génétiquement programmées pour être myope mais les facteurs génétiques ne seraient en cause que dans environ 10% des cas de myopie. Les facteurs génétiques ont donc un certain impact sur la croissance de l’œil, mais l’augmentation exponentielle de la prévalence de la myopie dans le monde semble être principalement influencée par des facteurs environnementaux et les modes de vie.

 

Environnement

Bien que la cause exacte de la myopie reste jusqu’à ce jour inconnue, toutes les études ont rapporté une association significative entre l’augmentation du temps passé à l’extérieur et la diminution des taux de myopie, et vice versa (11-13). Il a été prouvé que le temps passé à l’extérieur est le facteur environnemental le plus important permettant de retarder l’apparition de la myopie (5 ;7). Le développement de l’œil et de sa taille débutant dans l’enfance, celui-ci est fortement corrélé au mode de vie. Il est alors conseillé aux parents de promouvoir l’activité en plein air pour leurs enfants afin de prévenir l’apparition de la myopie mais également afin d’atténuer la progression de celle-ci (14).

L’effet protecteur du temps passé à l’extérieur contre la myopie peut être principalement expliqué par :

  • La composition de spectre de lumière de la lumière du jour qui a un niveau de luminosité plus élevée ainsi qu’une plus large distribution spectrale comparativement à un environnement intérieur (15) ;
  • Aux caractéristiques visuo-spatiales : la fréquence spatiale est plus élevée en extérieur. La complexité de l’image extérieure est plus élevée comparativement à celle d’un intérieur ;
  • Un profil d’accommodation réduit en extérieur avec moins de variation et de demande.

 

Enfin, les études ont montré qu’un travail de près prolongé tel que la lecture, l’écriture, ou l’utilisation de smartphone chez les plus jeunes enfants avait un lien avec le développement de la myopie. Les enfants devenus myopes effectuent beaucoup plus de travail de proximité (16).

 

Les bonnes pratiques pour limiter la progression

Si le changement des caractéristiques environnementales et du mode de vie reste la meilleure approche pour prévenir ou retarder l’apparition de la myopie, aucune méthode ne permet de stopper complètement l’évolution de celle-ci chez l’enfant. Cependant, il existe aujourd’hui une variété d’options de traitement optique et pharmacologique qui permettraient de ralentir la progression.

 

Environnement

L’environnement joue un rôle significatif. L’amélioration des principaux facteurs environnementaux modifiables, tels que le temps passé à l’extérieur et la pratique d’un travail de proximité, peut prévenir ou ralentir la progression de la myopie. Le changement des caractéristiques environnementales et du mode de vie reste donc la meilleure approche à mettre en place. Favoriser des temps de pose régulièrement lors d’un travail de près en intérieur, programmer des activités en extérieur de manière quotidienne et limiter le temps devant les écrans sont autant de chose à mettre en place avec les enfants afin de prévenir l’apparition de la myopie.

 

Dépistage

Puisque la myopie peut engendrer une myopie forte, le dépistage est essentiel dans la détection précoce de la myopie et le suivi de son évolution. Celui-ci doit commencer dans l’enfance, dès l’âge de 6 mois, puis à 3 et 6 ans. Il est ensuite réalisé tous les deux ans. Lors de ce contrôle, la longueur axiale et son évolution sont à surveiller et à corréler à un éventuel changement de réfraction. La réfraction sous cycloplégie est également utile dans le diagnostic de myopie surtout chez les plus jeunes.

 

Orthokératologie

Il s’agit d’une lentille rigide portée la nuit et qui permet d’induire une correction temporaire de la myopie lors de la journée suivant le port. Ces lentilles, contrairement aux lentilles rigides traditionnelles, ont une action sur la forme de la cornée puisqu’elles induisent un aplatissement central de cette dernière. Plusieurs études ont mis en évidence un ralentissement de la croissance du globe oculaire et donc de la progression myopique grâce au port de lentilles d’orthokératologie (20 ; 21). 

 

Atropine

A dose classique, l’atropine permet un blocage de l’accommodation ainsi qu’une dilatation de la pupille. Elle est utilisée en ophtalmologie afin de mesurer la « vraie » réfraction du patient, sans être faussée par l’accommodation. La mise en place d’atropine à faible dose a montré de bons résultats dans le ralentissement de la longueur axiale comme dans le ralentissement de la réfraction myopique bien que le mécanisme d’action reste encore mal connu (22 ;23). Ce traitement mis en place dans l’enfance est relativement simple puisqu’il s’agit d’instiller une goutte chaque soir et constitue le seul traitement pris en charge par la sécurité sociale.  Cependant, l’atropine peut ralentir la progression de la myopie mais en aucun cas la guérir définitivement ou en stopper l’évolution.

 

Verres freinateurs

Bien que récentes, cette nouvelle technologie est utilisée aujourd’hui par les ophtalmologistes afin de limiter la progression de la myopie. Plusieurs verriers se partagent le marché et montrent des effets bénéfiques. Les verres Stellest (Essilor), Miyosmart (Hoya) et Myocare (Zeiss) semble pouvoir induire un ralentissement de l’évolution de la myopie (24). Des études à long terme sont encore nécessaires afin de valider cette technologie.

 

Les risques engendrés par une myopie forte

L’erreur de réfraction myopique peut généralement être corrigée à l’aide de lunettes ou de lentilles de contact, bien qu’il soit de plus en plus difficile d’obtenir une vision satisfaisante lorsque le degré de myopie est élevé. Mais la problématique principale est que les modifications anatomiques des yeux des patients myopes (c’est-à-dire une longueur axiale plus importante) augmentent le risque de séquelles oculaires secondaires, qui peuvent à terme conduire à une déficience visuelle non corrigible.

Les résultats d’une étude ont démontré un risque accru de cataracte et de glaucome chez les patients myopes (18). D’autres études montrent que les yeux présentant une erreur de réfraction de -1,00 à -3,00 D avaient un risque 4 fois plus élevé de décollement de rétine rhégmatogène, tandis que les yeux présentant une myopie de plus de -3,00 D avaient un risque 10 fois plus élevé que les yeux non myopes (17).

Plus grave encore, les personnes atteintes de myopie, en particulier de myopie forte, peuvent subir une perte de vision résultant de changements maculaires dégénératifs dus à l’allongement axial progressif du globe et à l’atrophie choriorétinienne qui en résulte.

La myopie augmente donc le risque de toutes les complications qui peuvent être classiques mais aussi crée un certain nombre de complications qui lui sont strictement propre comme la maculopathie myopique ou la myopie pathologique. On estime que le nombre de personnes souffrant de déficience visuelle due à la dégénérescence maculaire myopique atteindra les 55,7 millions d’ici à 2050 si aucune stratégie de lutte contre la myopie n’est mise en œuvre (19).

 

Bibliographie 

  1. Fricke TR, Jong M, Naidoo KS, Sankaridurg P, Naduvilath TJ, Ho SM, et al. Global prevalence of visual impairment associated with myopic macular degeneration and temporal trends from 2000 through 2050: systematic review, meta-analysis and modelling. Br J Ophthalmol. 2018;102:855–62.
  2. Morgan IG, French AN, Ashby RS, Guo X, Ding X, He M, et al. The epidemics of myopia: aetiology and prevention. Prog Retin Eye Res. 2018;62:134–49.
  3. Wolffsohn JS, Calossi A, Cho P, Gifford K, Jones L, Jones D, et al. Global trends in myopia management attitudes and strategies in clinical practice − 2019 Update. Cont Lens Anterior Eye. 2020;43:9–17..
  4. Holden BA, Fricke TR, Wilson DA, Jong M, Naidoo KS, Sankaridurg P, et al. Global prevalence of myopia and high myopia and temporal trends from 2000 through 2050. Ophthalmology. 2016;123:1036–42.
  5. Biswas S, El Kareh A, Qureshi M, Lee DMX, Sun CH, Lam JSH, Saw SM, Najjar RP. The influence of the environment and lifestyle on myopia. J Physiol Anthropol. 2024 Jan 31;43(1):7.
  6. Morgan IG, French AN, Ashby RS, Guo X, Ding X, He M, et al. The epidemics of myopia: aetiology and prevention. Prog Retin Eye Res. 2018;62:134–49.
  7. Grzybowski A, Kanclerz P, Tsubota K, Lanca C, Saw SM. A review on the epidemiology of myopia in school children worldwide. BMC Ophthalmol. 2020;20(1):27.
  8. Grzybowski A, Kanclerz P, Tsubota K, Lanca C, Saw SM. A review on the epidemiology of myopia in school children worldwide. BMC Ophthal‑ mol. 2020;20(1):27.
  9. Matsumura S, Ching-Yu C, Saw S-M. Global epidemiology of myopia. Updates on Myopia. Springer: Singapore; 2020. p. 27–51.
  10. Harb EN, Wildsoet CF. Origins of Refractive Errors: Environmental and Genetic Factors. Annu Rev Vis Sci. 2019 Sep 15;5:47-72.
  11. Rose KA, Morgan IG, Ip J, Kifey A, Huynh S, Smith W, et al. Outdoor activity reduces the prevalence of myopia in children. Ophthalmology. 2008;115(8):1279–85.
  12. Dirani M, Tong L, Gazzard G, Zhang X, Chia A, Young TL, et al. Outdoor activity and myopia in Singapore teenage children. British j ophthalmol. 2009;93(8):997–1000.
  13. Lin Z, Vasudevan B, Jhanji V, Mao GY, Gao TY, Wang FH, et al. Near work, outdoor activity, and their association with refractive error. Optom Vis Sci. 2014;91(4):376–82.
  14. Dhakal R, Shah R, Huntjens B, Verkicharla PK, Lawrenson JG. Time spent outdoors as an intervention for myopia prevention and control in children: an overview of systematic reviews. Ophthalmic Physiol Opt. 2022;42(3):545–58.
  15. Muralidharan AR, Lanca C, Biswas S, Barathi VA, Wan Yu Shermaine L, Seang-Mei S, et al. Light and myopia: from epidemiological studies to neurobiological mechanisms. Ther Adv Ophthalmol. 2021;13:25158414211059246.
  16. French AN, Morgan IG, Mitchell P, et al. Risk factors for incident myopia in Australian schoolchildren: the Sydney adolescent vascular and eye study. Ophthalmology. 2013;120:2100–8.
  17. Bobeck S. Modjtahedi et al. Reducing the Global Burden of Myopia by Delaying the Onset of Myopia and Reducing Myopic Progression in Children. Ophthalmology 2021;128:816-826 ª 2020 by the American Academy of Ophthalmology
  18. Kanthan G.L. Mitchell P. Rochtchina E. et al. Myopia and the long-term incidence of cataract and cataract surgery: the Blue Mountains Eye Study. Clin Exp Ophthalmol. 2014; 42: 347-353
  19. Fricke T.R. Jong M. Naidoo K.S. et al. Global prevalence of visual impairment associated with myopic macular degeneration and temporal trends from 2000 through 2050: systematic review, meta-analysis and modelling. Br J Ophthalmol. 2018; 102: 855-862
  20. Charm J, Cho P. High myopia-partial reduction ortho-k: a 2-year randomized study. Optom Vis Sci. 2013;90(6):530–539.
  21. Cho P, Cheung SW. Retardation of myopia in Orthokeratology (ROMIO) study: a 2-year randomized clinical trial. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2012;53(11):7077–7085.
  22. Fan DS, Lam DS, Chan CK, Fan AH, Cheung EY, Rao SK. Topical atropine in retarding myopic progression and axial length growth in children with moderate to severe myopia: a pilot study. Jpn J Ophthalmol. 2007;51(1):27–33.
  23. Chia A, Lu QS, Tan D. Five-Year Clinical Trial on Atropine for the Treatment of Myopia 2: Myopia Control with Atropine 0.01% Eyedrops. Ophthalmology. 2016;123(2):391-9.
  24. Kanda H, Oshika T, Hiraoka T, Hasebe S et al. Effect of spectacle lenses designed to reduce relative peripheral hyperopia on myopia progression in Japanese children: a 2-year multicenter randomized controlled trial. Jpn Ophthalmol. 2018;62

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